Corrigé de l’exercice de reconnaissance des sophismes proposés par Jacques Brassard le mercredi 25 mars 2005.
Encore cette semaine, Monsieur Brassard nous a préparé un exercice pour nous apprendre à détecter la malhonnêteté intellectuelle.
- / LBR.ca / - Il revient cette semaine sur des sujets qu’il a déjà passablement utilisés pour illustrer des sophismes, et présente d’autres exemples de certains de ses sophismes préférés. Et bien qu’il y ait là quelques répétitions, je crois que monsieur Brassard a bien travaillé. Car comment apprendre à reconnaître des erreurs si elles ne sont pas d’abord répétées plusieurs fois ? Mais en plus des erreurs ordinaires, monsieur Brassard en a camouflé une plus difficile à reconnaître cette semaine, tout en nous laissant de bons indices pour nous mettre sur sa piste… Nous procèderons donc en deux temps, en pointant d’abord brièvement les nombreuses erreurs faciles à reconnaître, puis nous explorerons la subtilité de l’erreur la plus grave introduite par Monsieur Brassard, celle qui est à la fois la plus difficile à remarquer et potentiellement la plus lourde de conséquences.

Voyons d’abord rapidement les erreurs faciles à reconnaître.

La première est commise dès le titre de l’article « Le triomphe de la crétinerie délirante et de l’imbécillité ». Il s’agit évidemment d’une attaque contre la personne. (Vous trouverez la définition de ce sophisme et de plusieurs autres à la page suivante http://www.yrub.com/philo/exsophismes.htm) Monsieur Brassard fait semblant de croire qu’il argumente alors qu’il ne fait que lancer des insultes gratuites.

Le deuxième sophisme est celui qu’il commet en comparant encore une fois ses adversaires à des religieux, parlant du « Bréviaire », et du « Grand prêtre Richard Desjardins ». Ce sophisme là, Monsieur Brassard nous l’a présenté trois semaines de file pour être bien certain qu’on comprendrait. Merci beaucoup de l’avoir ainsi rabâché encore et encore, Monsieur Brassard, plusieurs n’avaient pas encore appris à reconnaître ce sophisme. On espère le revoir encore les semaines prochaines.

Le troisième argument fallacieux est proposé lorsque Brassard caricature le travail de la commission Coulombe en la présentant comme une simple répétitrice des dires de Desjardin. C’est une caricature facile à reconnaître puisqu’il nous dit lui-même que l’ordre des ingénieurs forestiers du Québec endosse les recommandations de la commission.

Il commet, quatrièmement, encore un sophisme de l’attaque contre la personne lorsqu’il prétend que les ingénieurs forestiers du Québec ont fait preuve d’à-plat-ventrisme. Qui est-il pour juger d’une telle chose? Est-il plus expert que les plus experts en ce domaine chez-nous?

Et il présente, cinquièmement, un procès d’intentions et une caricature lorsqu’il prétend que les recommandations de la commission Coulombe n’ont rien à voir avec la surexploitation de la forêt, mais qu’elles visent plutôt à donner plus de terres aux autochtones et de multiplier les aires protégées, particulièrement au nord. Monsieur Brassard fait comme si il croyait que nous n’étions pas capable de faire la différence entre les gestes proposés par la commission et la justification proposée pour soutenir ces mêmes gestes, justification ici volontairement ignorée. On notera ici, au passage, que l’évocation des autochtones aura une certaine force argumentative au près des racistes, une petite frange du lectorat. Mais c’est une frange assez insignifiante, en constante et heureuse régression.

Mais le passage le plus intéressant de l’exercice de Monsieur Brassard, c’est celui où il parle des aires protégées. Évidemment, dans ce passage comme partout, Monsieur Brassard multiplie les insultes. On les reconnaît facilement, et leur nombre nous fait facilement saisir leur caractère volontairement enflé pour l’exercice. Il parle de « Démense écolo totalement irresponsable », de « crétinerie délirante » et qualifie d’ « imbécile et irresponsable », d’ « inconsidérée et masochiste » la décision de viser à protéger 12% de nos forêts. Et évidemment, il revient encore sur l’évocation de la religion cherchant encore un « décret divin » qui expliquerait qu’on veille collectivement protéger autant de forêts pour les générations futures.

Dans ce passage, il met aussi en garde les élus contre le sentiment de culpabilité qu’ils pourraient ressentir au moment de lutter contre la protection de l’environnement. Il évoquait aussi ce sentiment un peu plus haut dans le texte lorsqu’il « avouait sans remords » avoir eu les « deux pieds sur le frein » pour empêcher d’agir ceux qui voulaient protéger l’environnement lorsqu’il était ministre des ressources naturelles. Il évoquait aussi ce sentiment de culpabilité dans l’exercice de la semaine dernière à propos de Wal-Mart, lorsqu’il disait n’éprouver aucun sentiment de culpabilité lorsqu’il nous montrait le chemin pour donner son argent à ces bienfaiteurs de l’humanité que sont les Walton. Ce sont là des indices.

Que veut nous faire remarquer Brassard par ces indices? Pourquoi parle-t-il si souvent de religion et de culpabilité? En fait, la réponse est simple. Brassard essaye d’attirer notre attention sur les grands absents des réflexions infirmes dont il se fait le courageux répétiteur. En évoquant la religion, il nous indique que ce n’est pas de ce côté que viendra le jugement. Et en disant qu’il ne se sent jamais coupable, il nous indique que ceux qui nous jugeront ne sont pas encore nés. Si on additionne ces deux indices, on voit très vite ce que Brassard cherche secrètement à nous dire : ce n’est pas un Dieu qui nous jugera, ce seront nos enfants, les enfants de nos enfants, et toute la descendance des petits enfants de nos petits enfants. C’est devant leur tribunal que nous passerons tous un jour. Voilà ce que monsieur Brassard cherchait à nous faire comprendre.

Et si on utilise ce tribunal, on voit bien clairement que les arguments fondés sur l’économie pour continuer à détruire nos forêts n’ont plus aucune force. Que diront nos enfants lorsque nous leur dirons que nous avons préféré garder nos emplois destructeurs de leur planète plutôt que d’en inventer de nouveaux, plus respectueux de l’environnement?

Cette clé de lecture que nous indique Brassard est d’ailleurs la meilleure qu’il ait pu nous donner pour que nous puissions saisir l’ironie de ses textes, pour que nous puissions dénouer l’écheveau inextricable des très nombreux sophismes qu’il y a patiemment cachés. Devant chacune de ses phrases, Brassard nous invite à nous demander « Que diront nos arrières-arrières-petits-enfants de cet argument que Monsieur Brassard soumet à ma sagacité ? »

Que diront nos descendants des discours racistes si ils ont marié des autochtones ?

Que diront nos descendants des discours homophobes si quelques uns d’entre eux sont homosexuels ?

Que diront-ils de nous si nous leur léguons une planète moins habitable parce que dénudée de ses forêts ?

Que diront-ils de notre militantisme si nous luttons pour pouvoir continuer le plus longtemps possible à polluer et à déséquilibrer le climat ?

Que diront-ils de nous si nous appuyons ouvertement ou tacitement les agressions innommables perpétrées par les Etats-Unis, semant la torture, la destruction et la mort partout où ils se croient justifiés de frapper sauvagement, même avec des armes à l’uranium. Que diront nos descendants lorsqu’ils se marieront avec l’un des enfants de ces pays sauvagement ravagés.

Voilà le tribunal qui nous jugera. Et si nous y pensons un peu, nous pouvons voir d’avance ce que pensera ce tribunal. Nous pouvons déjà voir, en esprit, les yeux de nos descendants posés sur les conséquences de nos actions. Et je sais qu’ils seront fiers de moi et de monsieur Brassard, surtout lorsque je publierai le livre complet, avec tous les exercices préparés par monsieur Brassard et tous les corrigés que j’aurai écrits. Grâce à notre travail, nos enfants seront plus vigilants, et ils ne se laisseront plus autant berner par les politiciens menteurs et les plus irresponsables, les plus dangereux, les plus inconscients des agitateurs de foule.

François Privé
Professeur de philosophie
Genre: Commentaire d'opinion
Saguenay-Lac-St-Jean - 03/28/05 - 07:18:03 hre
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