Quitte ou double
À quoi sert un état ? À mettre en commun l’énergie des citoyens pour qu’ils puissent, ensemble, résister aux puissants, aux grands financiers trop puissants, ou aux grands criminels trop puissants.
- / LBR.ca / - Face à ces forces, un état sert à mettre en place tout ce qu’il faut pour que tous les enfants qui naissent et naîtront aient tout le minimum qu’il faut pour se construire une vie heureuse, une vie la plus complète et la plus libre possible, quelles que soient les erreurs ou les mauvaises décisions de leurs parents. On construira ensemble un service de sécurité, des écoles, des hôpitaux, de l’hébergement et des transports, divers services de base, et ainsi de suite, toujours pour protéger tous les enfants contre les erreurs des grands. Et l’état sert non seulement à protéger chaque enfant, mais aussi tous les plus faibles. Car personne ne sait si il ne se retrouvera pas affaibli un jour.

En ce moment, la commission Gomery nous permet de voir que les Riches et les Puissants, peut-être même les plus grands criminels, ont réussi à prendre le contrôle de notre état. Et ce n’est pas un problème qui nous est particulier, bien au contraire. Dans l’appel de Genève, des centaines de juges nous faisaient part de leurs grandes craintes face au crime organisé de plus en plus puissant sur la scène politique mondiale, menaçant la démocratie partout. ( sur l’appel de Genève : http://www.france.attac.org/a178 et http://www.monde-diplomatique.fr/1999/01/GEORGE/11513)

Bon. Les super puissants de l’économie et du crime ont pris le contrôle de certains partis politiques importants de notre État. Maintenant, qu’est-ce qu’on fait? Soit qu’on cesse de payer nos impôts parce qu’on se fait voler, soit qu’on surveille de plus près l’usage qui est fait de notre argent.

Si on décide de réduire drastiquement les impôts parce qu’on est trop enragés de l’usage qui en a été fait, on se donne automatiquement moins d’outils collectifs pour résister aux puissants. On se trouve, pour éviter de se faire voler, à se donner moins d’outils pour tenir tête aux voleurs!

Je crois qu’au lieu d’une telle mesure, il vaudrait mieux exiger et obtenir beaucoup plus de transparence dans l’usage des fonds publics. Il faudrait, comme à Porto Alegre, que la population soit intimement impliquée dans les décisions de dépenses publiques. (http://dev.alternatives.ca/article295.html et http://www.humanite.presse.fr/journal/2003-05-31/2003-05-31-373100) Et la preuve que c’est possible, c’est que ça se fait ailleurs et que ça marche! Et il faudrait qu’elle puisse retirer le pouvoir aux élus choisis par erreur si la population s’entend pour reconnaître cette erreur. Et chaque dollar d’impôt devrait pouvoir être suivi à la trace par l’ensemble de la population qui s’y intéresse.

Ce qu’il nous faut donc, c’est plus de démocratie participative, plus de démocratie directe, plus de responsabilité citoyenne plus de transparence. Pas moins d’état. Car moins d’état, c’est plus de pouvoir pour les riches et les criminels.

En nous montrant combien ils peuvent facilement s’en saisir, les riches, les puissants et les criminels espèrent que notre colère nous poussera à réduire l’état, leur laissant le champ libre devant des citoyens plus désarmés que jamais. Montrons leur que nous avons compris leur stratagème et devenons plutôt des citoyens encore plus unis, encore plus vigilants qu’avant, encore plus prêts à construire ensemble les outils qu’il faut pour assurer l’avenir de nos enfants.

En jouant à quitte ou double avec notre colère, les riches, les criminels et les puissants espèrent que nous nous diviserons. Faisons leur ensemble perdre leur pari. Et tournons notre colère contre eux, en construisant une démocratie plus saine, encore plus engagée et combattante, encore plus respectueuse des droits, de la parole et des besoins des citoyens.

François Privé
Professeur de philosophie
Genre: Commentaire d'opinion
Saguenay-Lac-St-Jean - 04/07/05 - 15:57:29 hre
Inscrit par: Édimestre