| Ce n’est pas d’hier que le reboisement des friches agricoles ou des terres abandonnées par l’entremise de divers programmes gouvernementaux suscite la controverse. Principalement sous l’instigation du Ministère des Ressources naturelles, cette activité d’aménagement du territoire date de plusieurs décennies et s’est souvent développée parallèlement à certains programmes d’aide sociale et d’assurance chômage de d’autres administrations de fonds publics. |
| Certains se souviendront d’études d’aménagement du territoire des années soixante effectuées en Gaspésie et qui avaient conduit nos gouvernements à chasser les occupants de certains villages et à brûler les bâtiments désertés pour faire place à la forêt inhabitée. L’exode des populations du milieu rural n’est pas toujours aussi brutal et peut même s’avérer insidieux. L’absence de service, la dégradation des infrastructures et des programmes d’aide sociale peuvent, à long terme, avoir le même effet sur la déstructuration du monde rural. Le vieillissement de notre population et l’éloignement des grands centres socio-économiques sont d’autres facteurs qui amplifient le problème. En régions périphériques les producteurs de bœuf sont les premières victimes du programme de reboisement des terres abandonnées. Sous prétexte de mise en valeur du territoire et de création d’emplois saisonniers, le transfert de superficies agricoles vers le domaine forestier contribue toujours et ce de plus en plus à la fragilisation de l’industrie bovine. La location de ces terres pour la production de fourrage ou pour la paissance du bétail devient impossible. De plus, la spéculation foncière engendrée par les importants budgets consacrés aux programmes de reboisement des terres privées par le Ministère des richesses naturelles rend leur acquisition difficile. Les statistiques sur l’historique des terres abandonnées sont difficiles à obtenir et les méthodes de compilation peuvent varier entre les différents services publics. Selon des données récentes compilées par le MRN, depuis 1973 pour la région du Saguenay-Lac-St-Jean, les agences régionales de mise en valeur des forêts privées auraient reboisé près de 40,000 ha de terres arables en y plantant plus de 100 millions d’arbres. Cette superficie représente 34% des sols actuellement cultivés, incluant les 10,000 ha de bleuetières aménagés en forêt. Cette perte de superficie agricole aurait été plus que suffisante pour facilement doubler l’importance de notre industrie bovine. . Lorsque l’on constate cet empressement que déploient nos gouvernements à reboiser nos campagnes, il faut croire que ceux-ci n’ont aucune vision d’avenir pour le monde rural. Comment comprendre ces engagements de fonds publics en milieu agricole lorsque, dans un rayon de 200 km du centre de la région, 99% du territoire est déjà couvert de forêts qui ne demandent qu’à être mieux aménagées. De plus, même si les récoltes annuelles de bois en provenance de la forêt privée de la région administrative O2 (Saguenay-Lac-St-Jean) sont quasi négligeables (5.6 %: 95-96), par rapport au total des approvisionnements en matière ligneuse des usines de transformation, le MRN y consacre des budgets de plusieurs millions de dollars que le milieu agricole aurait grandement besoin. Tenter de nous faire croire que ce type de reboisement constitue une activité agricole respectable est tout simplement une déformation de l’esprit qui relève de la démence. Comparativement à cette immensité forestière inhabitée qui nous isole du reste du monde, nos superficies agricoles régionales sont si minimes qu’il est urgent de prendre tous les moyens possibles pour les protéger et ainsi favoriser l’occupation permanente de nos campagnes. Sans cette vision d’avenir toute la viabilité socio-économique régionale est fortement mise en cause. Bon nombre de producteurs de bovins ont essuyé des torts suite à des émissions d’autorisation de reboisement de terres agricoles dans leur voisinage et se sont retrouvés impuissants pour faire révoquer de telles décisions. La tentative de la part de plusieurs agriculteurs de demander l’imposition d’un moratoire sur ce type d’activité forestière en milieu agricole s’est aussi avérée vaine. Les démarches des sociétés sylvicoles sont souvent assez secrètes et celles-ci tolèrent difficilement l’opposition. Les producteurs sont souvent mis devant le fait accompli. Alors que nous devons fournir une multitude d’informations et de signatures dans le but d’obtenir des certificats d’autorisations pour diverses activités agricoles, en un rien de temps et sans avertissement préalable des superficies agricoles, souvent contiguës à nos exploitations, changent de vocation entièrement aux frais des payeurs de taxes. Si nous voulons mettre fin à cette perte insidieuse de nos racines, il est grand temps que nous prenions nos intérêts en main. Nous ne pouvons plus tolérer une telle gestion du territoire incompatible avec nos activités agricoles et qui n’a aucune vision d’avenir pour nos campagnes. Marcel Ouellet Ferme Tournesol, Alma ouellet.tournesol@sympatico.ca |
