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Réaction à l'article : L’aide sociale, sécurité ou privilège ?

La lettre d'opinion de Monsieur Sébastien Bergeron sur l'aide sociale au Québec, parue sur votre site, m'amène à réagir par la voix de ces quelques lignes.
2009-11-21 08:07 - Commentaire d'opinion

La lettre d'opinion de Monsieur Sébastien Bergeron sur l'aide sociale au Québec, parue sur votre site, m'amène à réagir par la voix de ces quelques lignes. Bien que je privilégie la libre expression d'opinions diversifiées, je m'oppose à ce que ces opinions s'appuient sur des préjugés et sur des fausses idées, et qu'elles portent un regard discriminant sur une partie de la population. Dans le cas présent, Monsieur Bergeron appuie son opinion sur des mythes entourant les conditions de vie des personnes assistées sociales. Permettez moi d'apporter un éclairage différent.

Sur le fonds, le Québec, depuis la révolution tranquille, fait la promotion de la solidarité sociale comme l'une des valeurs angulaires de notre société. L'idée selon laquelle notre société doit assurer un niveau de vie décent à tout le monde fait partie de nos valeurs collectives fondamentales et c'est très bien ainsi. Le Québec a d'ailleurs reconnu cela en incluant les droits économiques et sociaux dans la Charte québécoise des droits et libertés et en signant le Pacte international des droits économiques, sociaux et culturels. Ces engagements se concrétisent, imparfaitement, par le programme d'aide sociale qui offre des prestations aux personnes, qui pour des raisons de santé ou de contexte socioéconomique, n'ont pas d'emploi.

Ce programme se décline en deux type de prestations: Les prestations pour les personnes inaptes à occuper un emploi pour des raisons de santé et une prestation pour les personnes aptes à occuper un emploi. Cette catégorisation, contestable, offre deux niveaux de prestations: les personnes seules inaptes recoivent 882,92 $ par mois, celles aptes à travailler recoivent mensuellement 588.92$, et ont l'obligation de chercher de l'emploi. Certains frais médicaux minimums sont défrayés par la sécurité du revenu et les prestataires profitent du programme d'assurance médicament sans avoir à cotiser annuellement.

Un personne seule, apte au travail, qui reçoit de l'aide sociale doit donc vivre annuellement avec un montant de 7067,04$, à lequel peut s'ajouter des montants de revenus de travail sans pénalité de 2400$. Ce montant doit couvrir les frais de loyer, de nourriture, de vêtements, de déplacements, de soins et s'il en reste, de loisir. Le seuil de pauvreté au Québec est pour une personne seule de 11 000$ L'argument selon lequel les assistés sociaux vivent dans le luxe, repris par Monsieur Bergeron, ne tient donc pas la route quand on le confronte à la réalité.

Monsieur Bergeron propose de remettre les personnes assistées sociales au travail. C'est ce que le gouvernement tente de faire actuellement avec le Pacte vers l'emploi et Emploi-Québec. Ces programmes portent certains fruits, mais la réalité est telle que notre système économique ne parvient pas à garantir un emploi de qualité pour tout le monde. Certaines personnes restent donc exclues du marché du travail, et victimes de la pauvreté. Notre devoir collectif est de partager la richesse et de s'assurer que personne ne doivent affronter la misère noire sans recours. À ce titre, il faut poursuivre nos efforts, bonifier l'aide sociale et les mesures de formation et d'intégration en emploi des personnes qui sont sans travail. Cet effort demande un engagement de ces personnes, mais surtout celui du milieu des affaires et des entreprises, qui ont leur rôle à jouer pour donner une chance à ces exclus pour leur offrir un emploi de qualité leur permettant de quitter la pauvreté e t de se réaliser pleinement. Envoyer les pauvres faire la guerre n'est nullement une solution durable au problème du manque d'emploi. Nos voisins du Sud l'ont prouvé depuis des lustres.

En garantissant un revenu décent pour touTEs, notre société sera en mesure de mieux enrayer les maux sociaux que sont la violence, l'alcoolisme, la toxicomanie et le décrochage social. Il serait faux de prétendre que ces maux touchent uniquement les personnes sans emploi. La pauvreté a le malheureux effet d'amplifier ces détresses et de les rendre plus douloureuses pour les personnes qui les subissent.

En conclusion, j'invite Monsieur Bergeron a confronter ses préjugés en visitant l'un des groupes de défenses des droits sociaux de la région (LASTUSE à Chicoutimi et Accès conditions de vie à Alma). Il pourrait même y faire un peu de bénévolat, ce serait assurément bienvenu. Il comprendrait peut-être que les personnes assistées sociales, tout comme les personnes malades et handicapées, sont elles aussi des Monsieur-Madame tout le monde, comme tout le monde. Notre intérêt collectif est d'assurer à touTEs une solidarité sociale, pour que touTEs aient la chance de vivre décemment.
 
Éric Dubois
La Baie

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